Ici, à Siem Reap, si vous décidez de parcourir de long en large les rues encombrées de la ville en vélo, vous aurez indéniablement besoin d’un petit dispositif sonore que l’on nomme communément « sonnette ».

La mienne ayant un fonctionnement erratique, j’ai décidé de partir à la quête d’une nouvelle. C’est ainsi que j’ai trouvé Eglantine !

Je conçois facilement que cela peut sembler puéril et bien futile d’accorder une telle importance à ce petit engin commun. Mais si vous avez déjà fréquenté les villes d’Asie, vous comprendrez alors combien prévenir les autres de votre présence sur la route devient rapidement une question de survie.

Ici la circulation est chaotique, désordonnée, incohérente, et parfois même disloquée. Droite ou gauche n’ont pas de sens, la priorité est inexistante, tout se fait dans l’inconscience totale. C’est un joyeux capharnaüm où chacun sourit à l’autre, trop heureux ne s’être fait envoyé de vie à trépas dans l’instant. Les grosses Lexus rutilantes se frayent un chemin laborieusement entre les tuktuk nonchalants et les scooters tout à la fois transport en commun et cabine publique.

Au milieu de cette tourmente il y a le vélo. Dans le flot capricieux de la circulation, le vélo est au bas de l’échelle de survie et le vélo conduit par un occidental, légèrement en dessous. Alors il vous faut une sonnette, non pas comme un accessoire de loisir ou esthétique, mais comme un véritable compagnon de route, de vie.
Eglantine, s’enorgueillit d’un timbre cristallin, puissant lorsqu’il le faut, doux et mélodieux comme un clin d’œil à d’autres moments. Elle est au bord de mon pouce, prête à chaque instant à manifester avec aplomb ma présence et jamais je ne ferais offense à cet ange gardien en l’oubliant.

Fière, elle trône majestueuse sur mon guidon surveillant les inconvenants qui voudraient prétendre à mon intégrité. Délicate, elle se fait discrète lorsque sur les chemins de campagne elle se laisse caresser par le vent dans le silence des rizières.